TRADITION ORALE ET MÉMORISATION DES ÉVANGILES

 

Une expérience en milieu traditionnel africain

 

Si l'expérience que nous présentons ici a quelque originalité, celle-ci réside dans le fait que l'équipe d'un secteur missionnaire, le secteur de Bongor, diocèse de Pala, au Tchad, ait établi certaines correspondances entre deux milieux de tradition orale :

&emdash; le milieu traditionnel africain, récepteur de l'Evangile aujourd'hui

&emdash; et le milieu palestinien du 1er siècle, témoin actif de la gestation des Evangiles,

et, surtout, ait accepté d'en tenir compte dans son annonce missionnaire.

 

I. GENÈSE DU PROJET

 

1) « Echec de l'Evangélisation » ?

 

En janvier 1971, le presbytérium du diocèse, de Pala se réunissait pour la première fois autour de son évêque, Monseigneur Dupont, pour, dans un premier temps, regarder après vingt ans de présence missionnaire, la situation actuelle du diocèse et la juger à la lumière de Vatican II.

 

Chacun des cinq secteurs missionnaires du diocèse devait présenter un rapport sur ce thème ; dans notre secteur de Bongor, la rédaction de ce rapport fut précédée d'une série de réunions de travail, regroupant tous les missionnaires du secteur : pères, frères, sœurs ; au cours de ces réunions, plusieurs fois, l'expression «échec de l'évangélisation » devait revenir, de plus en plus insistante ; l'accord cependant ne s'est pas fait sur ce diagnostic et l'expression n'a pas été retenue dans le rapport final. C'est pourquoi nous l'avons fait suivre, dans le titre de ce paragraphe, d'un point d'interrogation ; si nous reprenons l'expression ici, c'est tout simplement parce que, malgré ou peut-être à cause de sa brutalité et de sa partialité même, elle met en relief l'inquiétude et l'insatisfaction qui habitaient alors les missionnaires du secteur.

Nous reproduisons ici l'un ou l'autre passage de ce rapport :

 

ATTITUDE DES CHRÉTIENS FACE A LA PAROLE

 

«II nous semble que la Parole est reçue davantage comme un ensemble de conseils moraux que comme un évangile, une joyeuse nouvelle... Nous avons l'impression de parler dans le désert, de ne pas nous faire comprendre. Cela nous pose la question du contenu de notre prédication et du choix des lectures bibliques et nous fait nous interroger sur les moyens et le mode de transmission du Mystère : d'une part, nous en sommes encore à balbutier les langues africaines ; d'autre part, de par notre origine et notre formation «cartésiennes», nous avons été amenés à présenter un «catéchisme», alors que probablement «l'évangile» qui s'exprime par images et globalité aurait mieux convenu à notre peuple. » (rapport, p. 4).

 

CATÉCHISTES

 

« II faut bien reconnaître qu'on a « improvisé » des catéchistes : on n'a pas attendu que se déclarent des vocations mais, pressé par les circonstances &emdash; ne serait-ce que le besoin impérieux d'interprètes &emdash; on a pris des «jeunes» parce qu'ils connaissaient le français et savaient lire et écrire...

II n'est pas étonnant alors que ces jeunes n'aient guère eu d'influence dans une société où ce sont les anciens qui tiennent les rênes du pouvoir et que la mission soit apparue comme une affaire d'enfants... » (rapport p. 10)

Avec le recul et à la lumière du chemin parcouru depuis, il nous semble retrouver comme en germe, dans ces réflexions de secteur, les idées maîtresses de l'expérience en cours :

&emdash; Sous quel mode et par quels moyens transmettre le Mystère ? Telle est bien la question fondamentale et notre expérience n'est qu'un essai de réponse à cette question.

&emdash; Par ailleurs, les oppositions faites dans les textes cités ci-dessus entre Prédication moralisante et Evangile, entre langage cartésien du (des) catéchisme(s) et le langage global et imagé de l'Evangile, entre catéchistes-jeunes-sachant lire et écrire et anciens... allaient bientôt toutes se cristalliser autour de l'opposition : civilisation de l'écriture et civilisation de l'oralité.

 

2) Correspondances entre deux milieux de tradition orale

 

a) Découverte de la « littérature orale » masa

 

Au cours de cette même année 1971, le séjour parmi nous de José Luis Ferrer qui venait étudier la langue et la « littérature » masa, fut pour nous tous l'occasion d'une prise de conscience de l'oralité en nous faisant découvrir à travers contes, devinettes, proverbes et dictons, la richesse et la diversité de la « littérature » masa, en nous obligeant aussi à réfléchir sur le rôle et la fonction de la mémoire dans une civilisation traditionnelle et en nous faisant prendre conscience enfin du caractère d'authenticité des rapports humains dans ces civilisations où « la tradition orale implique nécessairement un contact vécu, concret avec des personnes : conteurs, prêtres, sages ou anciens... »

 

b) Le milieu palestinien de tradition orale

 

Dans le même temps, la lecture fortuite d'un ouvrage de L. Cerfaux : « Jésus aux origines de la Tradition », nous rappelait avec force que l'Eglise n'est pas fondée sur les évangiles écrits; ceux-ci sont nés alors qu'elle rayonnait de jeunesse et de vie. Elle n'a d'autre pierre angulaire que « la personne de Jésus » (p. 16), « son enseignement, ses faits et gestes mémorisés » (p. 37) et fixés dans des « traditions » qui se transmettaient oralement, de bouche à oreille...

Au fur et à mesure qu'on avançait dans cette lecture, cela devenait une évidence : en milieu traditionnel, on ne pouvait pas ne pas tenir compte de l'oralité; comme le christianisme primitif, il fallait s'adapter à la situation : « (la masse) ne savait ni lire ni écrire ; la mémorisation était primordiale. Le christianisme en Palestine s'adapta à cette situation et lorsque sa route passa par les régions gréco-romaines, elle n'eut pas à changer ses principes d'éducation par la mémoire, la civilisation hellénistique n'était pas livresque » (p. 14).

 

c) Un principe dont on ne pouvait faire l'économie

 

« La connaissance se reçoit des anciens, elle s'acquiert par la mémorisation de la science des anciens, et s'approfondit par la pénétration de la science transmise». Tel est, selon Cerfaux, «le principe général de l'éducation religieuse ou profane du monde antique » (p. 29).

De toute évidence, ce principe est vrai pour toute civilisation de l'oralité et une annonce missionnaire en milieu traditionnel masa ne pouvait pas en faire l'économie : il fallait transmettre l'Evangile oralement et le proposer à la mémorisation avec l'espoir que la foi et la vie chrétienne s'approfondissent par la pénétration des traditions évangéliques mémorisées, avec l'espoir aussi que se vérifie cette autre parole de Cerfaux :

« Toute la communauté était intéressée par la conservation exacte des paroles du Maître et les mémoires se contrôlaient mutuellement » (p. 40)... et qu'ainsi naissent ici et là autour de l'Evangile de petites communautés vivant et se nourrissant de la Parole.

Un premier essai de mémorisation de l'Evangile fut alors décidé et expérimenté, à Pâques 1972, en un point du secteur : la région de Magaw.

 

3) Premier essai de mémorisation : La tradition de Jérusalem

 

A quelques détails près, ce qui fut proposé à la mémorisation au cours de cette première expérience, encore bien limitée, est exactement le contenu de la Tradition de Jérusalem tel qu'on le trouvera dans la table de références, ci-contre.

 

 

Pourquoi ces péricopes ont-elles été retenues de préférence à d'autres ? Parce qu'elles nous permettaient de remonter « de la rédaction actuelle de nos quatre évangiles aux récits qui se formèrent dans la tradition orale, racontant la montée vers le sacrifice suprême, les dernières manifestations de Jésus à Jérusalem, le dernier repas, et puis la Passion proprement dite, l'ensevelissement et l'aube de Pâques » (Cerfaux, p.147) et qu'il semblait alors possible de tenter de reconfier à une tradition orale cette « tradition de Jérusalem » qui s'était formée et conservée dans une autre civilisation orale.

Pour faciliter la mémorisation, il fallait lier les textes retenus les uns aux autres au moyen de « charnières », de « sutures rédactionnelles » ; c'est ce travail rédactionnel que nous voudrions illustrer maintenant au moyen de deux exemples :

« La tradition de Jérusalem, nous dit Cerfaux, possède une ferme construction chronologique et géographique » (id. p. 145), ainsi par exemple du dernier séjour de Jésus à Jérusalem. Nous avons là un «cadre» pour la mémorisation :

«Le matin au lever du jour, Jésus vient à Jérusalem, il enseigne au Temple... Le soir, à la tombée de la nuit, il se retire à Béthanie, chez son ami Lazare», dans lequel nous avons glissé chacune des péricopes retenues pour les lundi, mardi et mercredi Saints (cf. table de références).

De même, c'est le désir de conserver, pour faciliter la mémorisation, le cadre géographique des synoptiques, même si celui-ci, c'est évident, n'a pas le fondement historique du précédent, et en même temps le désir de tenir compte des deux types d'apparition du Ressuscité qui explique le choix des péricopes retenues pour les 1er, 2ème, 3ème, 4ème dimanches de Pâques. On peut résumer ces données dans le tableau suivant :

 

 

Les résultats de ce premier essai furent encourageants ; les deux groupes concernés mémorisaient facilement et surtout témoignaient de beaucoup d'intérêt pour «la parole de la mort de Jésus ».

Il nous faut aussi insister ici sur l'intérêt constant que témoigna le seul prêtre tchadien du secteur, pour ce premier essai de mémorisation de l'Evangile; sans cet intérêt et cet enthousiasme, l'expérience n'aurait sans doute pas pu être étendue à tout le secteur.

 

4) Extension de l'expérience à tout le secteur

 

Les 28 et 29 août 1972, les pères, frères et sœurs du secteur, réunis en session de Pastorale, décidaient d'étendre l'expérience aussi bien au groupe ngambaye qu'au groupe masa.

Une commission de cinq membres fut constituée qui aurait pour tâche d'étendre le travail déjà réalisé pour la tradition de Jérusalem aux autres traditions évangéliques dans le but de « présenter l'essentiel de la Bonne Nouvelle dans un langage simple et cohérent et en suivant les temps forts de l'année liturgique ».

 

 

II. QUE FALLAIT-IL « TRANSMETTRE »

 

1) Une enquête exégétique

 

Pour présenter «l'essentiel de la Bonne Nouvelle en un langage simple et cohérent », il fallait construire sur des bases solides ; aussi la commission commença-t-elle son travail par une enquête exégétique.

 

Note :Bien qu'on ait voulu construire sur une base exégétique solide, ce travail n'est nullement un travail d'exégèse (et aux yeux de spécialistes, il pourrait bien apparaître même comme du « bricolage »), mais une tentative faite par des missionnaires pour permettre à des hommes et des femmes de tradition orale de faire la Rencontre du Christ, à l'intérieur même de leur système culturel.

 

a)La période « orale » de l'Evangile et notre documentation écrite

 

1) Un premier résultat de l'enquête exégétique fut de nous remettre en face de « l'importance de la période 'orale' de l'Evangile pour une saine compréhension et de l'essence du christianisme et de notre documentation écrite». Et tout d'abord « le christianisme n'est pas une religion du livre... les évangiles écrits n'ont jamais existé par eux-mêmes et pour eux-mêmes, sinon Jésus aurait écrit un livre; ou du moins, il aurait choisi pour disciples des lettrés...

La tradition et sa transmission, tel est le premier fondement du christianisme... Des contemporains de Jésus de Nazareth, qui vécurent dans son intimité, ont entendu les paroles de Jésus, les ont mémorisées, les ont transmises à une communauté et, dans celle-ci, à des didascales chargés de les répéter; ils ont transmis à ces mêmes didascales certains faits plus importants de la vie de leur Maître. Ainsi débute la tradition évangélique »... (Cerfaux, op. cit. p. 14, 15, 16).

Marc, en définissant le contenu de son livre comme « l'Evangile de Jésus Christ » ne fait que marquer son intention de prolonger, au moyen de l'écrit, cela même que les missionnaires faisaient de vive voix. Pour s'en convaincre, il suffit de comparer le plan de Marc à un type de prédication apostolique comme le discours de Pierre chez Corneille Ac 10, 36-43 ; l'axe de l'évangile de Marc comme celui du discours de Pierre est fixé par deux points géographiques immédiatement discernables : la Galilée et Jérusalem. Or précisément, deux traditions se rattachent à ces deux hauts lieux des souvenirs primitifs : « la tradition de Jérusalem » et « la tradition de Galilée ».

Luc, lui, aurait pu écrire une histoire de Jésus ; il a peut-être pensé un jour récrire mais quelques lignes d'un prologue ne donnent pas le change ; il sera lui aussi, dans son évangile, le rapporteur du message des premiers témoins. Après avoir suivi le récit de Marc jusqu'à l'épisode de l'exorciste qui se servait du nom « puissant » de Jésus (Luc 9, 49 = Marc 9,38), il ajoute à cette première partie tout ce qu'il avait entendu des disciples, commençant ainsi un évangile des disciples qui fait pendant à l'évangile des Douze en Galilée. Ce sont ces souvenirs des disciples rassemblés en Luc 9, 51-18 qu'on a appelé «la tradition des Disciples ».

En ajoutant à ces données les traditions contenues dans le Cycle de l'enfance de Jésus, on a énuméré les grandes traditions qui sont la base et la source de notre documentation écrite :

&emdash; la tradition de Jérusalem

&emdash; la tradition de Galilée

&emdash; la tradition des Disciples

&emdash; le cycle de l'enfance de Jésus.

 

2) Pour suivre, comme le secteur le lui avait demandé, les temps forts de l'Année Liturgique, la commission décidait alors de présenter :

&emdash; le cycle de l'enfance pendant le temps de l'Avent-Noël-Epiphanie,

&emdash; la tradition de Galilée pendant le temps qui allait de l'Epiphanie à la Passion,

&emdash; la tradition de Jérusalem pendant les temps de la Passion et de Pâques.

Il semblait que ces trois traditions contenaient l'essentiel de la Bonne-Nouvelle du Christ - et même davantage - si l'on voulait bien se rappeler que Marc et les Eglises qui reçurent son évangile n'avaient eu à leur disposition que les deux traditions de Jérusalem et de Galilée.

On décidait donc de proposer à la mémorisation l'essentiel du contenu de ces trois traditions : Enfance, Galilée, Jérusalem, et de présenter la Tradition des Disciples durant les Dimanches ordinaires qui suivent la Pentecôte, mais sans les proposer à la mémorisation, du moins dans l'immédiat.

 

b) La Tradition de Galilée

 

1) A cause de sa complexité, d'une part, et d'autre part, à cause du peu de temps dont nous disposions pour la présenter - de 9 à 12 Dimanches, selon les années, entre l'Epiphanie et le Dimanche de la Passion - la tradition de Galilée réclamait une enquête plus approfondie qui fut présentée au secteur dans la note suivante :

 

LA TRADITION DE GALILÉE : JÉSUS ET SA MISSION

 

Cette tradition proclame la présence sur terre au Royaume de Dieu. Messager de cette Bonne Nouvelle, Jésus veut créer une Espérance pour tous. Il annonce la Paix, le bonheur, le salut (Is 52,7). Voilà le Règne de Dieu. Ces biens du Règne descendent de Dieu mais s'installent dans le cœur des hommes qui accueillent le Message.

Jésus s'identifie aux grandes figures messianiques de l'A.T. et les «dépasse ». Il se présente comme : Prophète, Maître de Sagesse, Fils de l'homme -- Serviteur de Dieu.

 

A) Jésus Prophète : L'esprit du Seigneur est sur moi... Il m'a envoyé porter la bonne nouvelle» (Lc 4, 18).

Après le baptême dans les eaux du Jourdain et un bref séjour au désert, le premier geste de Jésus, pour obéir à sa mission, fut de s'emparer de l'antique modèle du prophète, messager de Yahvé. Héritier des prophètes de l'A.T., Jésus parle dans leur style oral et leurs « paraboles en acte ».

Durant cette période, Jésus fut engagé dans trois types d'activités qui pouvaient aller ensemble :

a) Jésus vise le grand public : aux foules de plein air ou dans les synagogues, Jésus lance son message initial : «Le temps est accompli. Le Règne est là» (Mc I, 15).

b) Jésus attentif aux besoins humains : Jésus guérit les malades, éveille l'espérance, suscite la foi en lui...

c) Jésus face aux opposants : Controverses avec les scribes et les pharisiens au sujet de sa fréquentation des pécheurs. (Mc 2, 16) du Sabbat (Mc 2, 27) et de son autorité de prophète. « C'est par le prince des démons qu'il chasse les démons» (Mc 3, 22 s.).

 

B) Jésus, Maître de Sagesse (ou Rabbi) : «Venez à moi, vous tous qui ployez sous le fardeau, chargez-vous de mon joug, mettez-vous à mon école...» (Mt 11, 28-30).

Aux Disciples et Apôtres qui l'ont suivi ou même partagent sa vie, Jésus peut donner des explications prolongées. On ne peut cependant, dans les enseignements du Rabbi Jésus, distinguer ceux adressés à la foule et ceux réservés, à l'intimité du petit cercle. D'une certaine façon, ces enseignements appellent tous et chacun à se confronter, dans la liberté de sa réponse personnelle, à la Bonne Nouvelle du Royaume. Il s'agit de vivre une expérience nouvelle, celle du Père rassemblant ses enfants.

 

C) Jésus, Fils de l'Homme - Serviteur de Dieu : «Le Fils de l'Homme sera livré et mis à mort ; le 3ème jour il ressuscitera »

La période galiléenne s'achève sur un tournant décisif dans la mission de Jésus. « La transfiguration sur la montagne, écrit Ramsey, trace nettement, pour les trois synoptiques, la ligne de crête séparant les deux versants du paysage de la mission de Jésus : avant Césarée, c'est le ministère de la prédication et des guérisons; après, c'est le voyage vers Jérusalem et la Passion ».

En effet, la multiplication des pains et la confession de Césarée auraient pu marquer le début d'une carrière messianique triomphale, mais Jésus coupe court à toutes les illusions, celles des foules, qui «cessent alors de le suivre» (Jn 6, 66), comme celles des disciples (Mc 8, 33).

La figure du Fils de l'Homme permettait à Jésus un dépassement du Prophète et du Sage qu'il avait déjà laissé entendre : «II y a ici plus que Jonas... et plus que Salomon». Après Césarée, Jésus s'empare de ce titre et se présente comme le Fils de l'Homme, promis à la gloire divine certes, mais en épousant le destin du Serviteur de Dieu.

 

2) En comparant cette note avec la table de références ci-dessous, on verra comment, sans prétendre y être parvenu, on a essayé de tenir compte de ces données de l'exégèse pour la présentation de la tradition de Galilée.

 

c) La Tradition des Disciples

 

Comme on l'a déjà dit, on décidait d'utiliser la tradition des disciples durant les Dimanches ordinaires qui suivent la Pentecôte, mais sans les proposer à la mémorisation, du moins dans l'immédiat.

 

Il reste cependant que c'est en fonction d'une mémorisation possible que les péricopes ont été choisies et regroupées. En se rapportant à la table de références ci-dessous, on se rendra compte facilement d'une part, du cadre et des sutures rédactionnelles - ceux-là même que nous offraient les synoptiques, le plus souvent- retenus pour faciliter la mémorisation, et d'autre part, de notre souci de rester fidèle aux divers thèmes de l'évangile des disciples, à leurs principales accentuations et, partant, nous semble-t-il, à la pensée de Jésus.

 

 

2) Comment se fait la mémorisation ?

 

L'ensemble des textes que la commission avait retenus et qui nous semblait contenir « l'essentiel de la Bonne Nouvelle du Christ », qui nous semblait également comporter une certaine « cohérence », grâce à la succession Enfance-Galilée-Jérusalem, grâce aussi aux sutures rédactionnelles adoptées pour attacher les textes les uns aux autres, il restait encore à le transmettre et à le transmettre dans « un langage simple ».

Note : Pour être complet, voici la table de référence du cycle «Enfance» de Jésus, correspondant au temps de l'Avent-Noël-Epiphanie

 

Restait donc tout le travail de traduction en langues, traduction qui en aucun cas ne serait destinée à la lecture mais transmise oralement. Il existe une marge, parfois assez importante, entre les références ci-dessus et le texte en langue proposé à la mémorisation; seule une re-traduction assez littérale du texte de base en français pourrait en rendre compte...

Finalement, c'est à l'Avent 1972 que l'expérience de « mémorisation » fut mise en route dans tout le secteur.

Il ne s'agit aucunement de faire apprendre les textes « par cœur»... Mais, d'inviter chacun, chrétien, catéchumène, à les mémoriser, à les « prendre avec lui »... On constatera vite alors que chacun les redit avec ses propres mots, signe que ces textes sont devenus pour lui une tradition vivante.

Il s'agit, suivant la formule de Marcel Jousse de « manducation » : « De même qu'on ne se contente pas de regarder le Pain de l'autel, mais qu'on le mange, ainsi de la Parole. Il faut l'apprendre, la répéter pour la comprendre, la « manger » pour se l'assimiler. Il y aura des commentaires, bien sûr, mais la Parole, comme le Pain consacré, est à manger. La manducation de la leçon doit accompagner la manducation de l'Enseigneur». De fait, notre expérience nous montre actuellement que les gens n'assimilent bien que ce qu'ils ont « mémorisé ».

Les traditions forment un tout qui se déroule devant les yeux de ceux qui mémorisent. Bien que les traditions soient reliées entre elles (et c'est important pour conserver la dynamique des évangiles), chacune d'elles forme un ensemble que les gens appellent par les premiers mots. Il y a une trame générale, divisée en épisodes, à l'intérieur desquels s'inscrivent les événements. C'est comme un cadre divisé en cases qu'il faut remplir les unes après les autres ; si on a oublié, on revient. La mémorisation est faite quand toutes les cases sont remplies. Il ne s'agit plus alors que de répéter pour que la Parole ne se perde pas.

 

a) Composition et rédaction des textes d'une tradition

 

II ne s'agit pas seulement de choisir les textes et de les traduire. Il faut souligner ici l'importance capitale des « charnières » ou « sutures rédactionnelles » sans lesquelles il n'y a pas de mémorisation possible. Il faut attacher les textes les uns aux autres. On trouve souvent les sutures dans les évangiles eux-mêmes : circonstances de lieu, de temps, liaison d'événements, de paroles... Parfois, il faut aider le texte. Ce travail est à accomplir pour la rédaction, mais aussi à continuer lors de la proclamation, au fil des Dimanches... Ne jamais laisser un passage d'évangile tout seul, le rattacher aux précédents; les charnières sont là pour aider la mémorisation.

 

b) Traduction de style oral, la plus simple et la plus claire possible.

A noter ici aussi, les difficultés inhérentes à toute traduction : passages difficiles, symbolique différente ... Les gens ne mémorisent bien que ce qu'ils comprennent.

 

c) Transmission ou proclamation du passage à mémoriser,

donné globalement et non phrase par phrase. Il ne s'agit pas de par cœur ! Le texte est dit par quelqu'un qui le connaît bien et qui l'a assimilé, oralement évidemment. Qu'il l'ait appris à partir du texte écrit de base ou oralement de quelqu'un d'autre ... Le texte doit être dit plusieurs fois évidemment. Par ex. proclamé (même plus d'une fois) à la liturgie du dimanche, et repris en petits groupes durant la semaine ...

 

d) Vérification personnelle et répétition

C'est en re-disant ces textes que chacun les mémorise. La répétition, de l'avis même des gens, est capitale car, « si tu ne redis pas la Parole, elle se perd». C'est en redisant les textes qu'on les mémorise, qu'on les «ajuste les uns aux autres». Cela peut se faire spontanément et seul en toute occasion, mais nous avons aussi à susciter des réunions de groupes.

Les gens retrouvent les textes ensemble, se corrigent ... La mémorisation est achevée quand le texte « coule de la bouche comme de l'eau ».

Cela n'est pas encore réalisé pour tous mais c'est réalisable, et l'Evangile devient comme de l'eau dans la bouche d'un nombre croissant de chrétiens et catéchumènes. Par ailleurs, on constate que chaque tradition est bien devenue une unité, appelée par les gens des premiers mots qui l'ouvrent, à savoir, pour la tradition de l'Enfance : « Au temps du roi Hérode » ; pour la tradition de Galilée : « Quand Jean, le fils de Zakari, devint adulte... » et pour la tradition de Jérusalem : «Quand Jésus prit la trace de sa mort... »

 

e) Contrôle du catéchète, pasteur ou catéchiste

Le catéchète a la garde du « dépôt» (2 Tim 1, 14). II devra donc veiller à ce qu'il ne se glisse pas d'erreur dans la tradition et, au besoin, corriger. Par ex. des liaisons indues ... des contre-sens ... Mais souvent, les incompréhensions proviennent de ce que nos textes restent « incompréhensibles » ; il faudra corriger par une traduction en clair,

 

 

III. ÉVALUATION DE L'EXPÉRIENCE APRÈS QUATRE ANS

 

Si le but de la Mission de l'Eglise, « signe levé au-dessus des nations », est de permettre au plus grand nombre de faire la Rencontre du Christ, c'est bien à l'intérieur du dynamisme missionnaire de l'Eglise que nous situions cette expérience de transmission et de mémorisation de l'Evangile en milieu traditionnel africain : notre intention, en la mettant en route, n'était autre, on l'a dit, que de permettre à des hommes et des femmes de tradition orale de faire la rencontre du Christ dans des conditions qui nous semblaient moins défavorables qu'autrefois dans la mesure même où, sans y parvenir pleinement bien sûr, nous tenions davantage compte de la caractéristique fondamentale de leur civilisation : l'oralité.

Il reste qu'en mettant en route cette expérience, nous faisions, dans une certaine mesure, un saut dans l'inconnu; comment cela serait-il accepté des chrétiens et catéchumènes, à qui on enlevait la « doctrine » traditionnelle ? Gens de l'écriture et du livre, nous ne savions à peu près rien de l'oralité : comment se ferait la « mémorisation » et, même, se ferait-elle ? Cela déboucherait-il vraiment sur un approfondissement de la foi, de la vie chrétienne?... Autant d'inconnues au point de départ, au moment de la mise en route de l'expérience, autant de questions que nous avons voulu reposer ensemble, un an plus tard, pour faire le point...

 

1) Enthousiasme et réticences

 

Cette nouvelle pédagogie d'annonce missionnaire et de catéchèse a suscité des réactions diverses chez les chrétiens comme chez les catéchumènes. On voit, d'après le processus et le contenu décrits plus haut, que c'est exigeant et qu'il faut faire vraiment une démarche personnelle pour y arriver. Certains groupes y sont entrés avec enthousiasme et continuent toujours ; certaines missions qui n'avaient plus de catéchumènes ont été renouvelées ainsi. D'autres se sont montrés réticents et s'y sont mis ensuite et en sont maintenant heureux. Certaines communautés enfin, n'ont pas voulu y entrer ou l'ont fait à reculons, sans grands résultats évidemment. Elles voudraient « retourner à la doctrine », alors « la mission irait bien ». Il n'est pas inutile de noter que ce sont les communautés plus anciennes qui ont déjà des « traditions » mieux établies...

 

2) Réflexions des gens qui ont mémorisé l'Evangile

 

Ceux qui ont fait l'effort de mémoriser sont unanimes pour dire leur joie d'avoir « trouvé » l'Evangile. Joie exprimée dans leurs chants, leurs prières, leurs réflexions :

«L'Evangile, c'est mieux que la doctrine... Avant, on en comprenait rien, maintenant, on comprend, c'est notre langue... C'est comme si on nous avait donné un livre chacun... L'Evangile nous montre ce que Jésus a fait, et ce que tu dois faire... La Parole de Jésus donne repos, soulagement... »

« Mais l'Evangile, c'est exigeant ; quand tu l'as appris, il ne te quitte plus, il te revient en mémoire constamment, quand tu fais bien et quand tu fais mal ! » A noter ici l'expression entendue souvent : maintenant c'est notre langue. Et pourtant, la doctrine était auparavant dans la langue du pays, de même que toutes les liturgies. C'est donc que nous avons touché en profondeur ce qu'on pourrait appeler la langue « culturelle » ou anthropologique. Nous avons rejoint un fait de leur culture : l'oralité, et par le fait même, le contenu de cette mémorisation : l'Evangile apparaît comme moins «étrange», « étranger ».

«L'Evangile, c'est comme une chose qui t'a été donnée à toi : c'est ta part, ton bien ; j'y pense chaque jour ».

« C'est comme une femme qui a de quoi faire la sauce par devers elle, dans son grenier; elle y puise quand elle veut, comme elle veut ».

 

3) Constatation de l'équipe missionnaire du secteur

 

a) « Avant » et « après "l'Evangile

Les groupes qui ont mémorisé parlent d'eux-mêmes d'« avant» et «après» l'Evangile, tellement l'introduction de cette pédagogie a marqué un tournant important dans l'histoire de ces communautés. Il n'est pas facile de dire exactement pourquoi, ni d'analyser en profondeur car nous n'avons pas suffisamment de recul. Ce qui est sûr, c'est que le contenu de l'Evangile, «puissance de Dieu» y est pour beaucoup. L'Evangile y est présenté non pas par extraits, passages séparés les uns des autres, mais avec tout son dynamisme. Les gens sont mis en contact direct avec Jésus, ses gestes, ses paroles. N'est-ce pas une façon privilégiée de provoquer la conversion ? L'effort lui-même pour mémoriser demande un attachement à Jésus : « Si tu aimes Jésus, tu apprends vite ». L'Evangile est à la disposition de tous, pas seulement du catéchiste ou de celui qui sait lire. Les petits se sentent valorisés, ils ont aussi leur « livre ». Et, finalement, ces chrétiens ont à leur disposition une nourriture de base pour leur vie chrétienne. De leur propre avis, il ne tient qu'à eux de suivre Jésus ou de ne pas le suivre. Avant, ils savaient quoi faire mais ne savaient pas pourquoi. On sort du « permis » et du « défendu ».

 

b) Un renouveau évangélique

-Une prière nourrie de l'Evangile.

A peu près unanimement, les missionnaires du secteur signalent un renouvellement de la prière liturgique, renouveau qui se nourrit de l'Evangile. Mieux encore, beaucoup de chrétiens ont abandonné les prières traditionnelles du matin et du soir pour se redire l'Evangile, y réfléchir et en chercher le sens, prier avec, soit individuellement, soit en groupe.

- Des groupes autour de l'Evangile.

Cela nous semble une façon privilégiée de passer de la « grande» aux petites communautés. Des groupes doivent se réunir autour de quelque chose. Ici et là : des groupes se réunissent, spontanément parfois, pour se redire l'Evangile, le commenter, prier avec. Dans ces groupes, la parole ne vient pas d'en haut; chacun a la possibilité de s'exprimer, de dire sa foi, de faire ses réflexions sur l'Evangile, de s'enrichir de l'expérience spirituelle des autres. Cela permet aussi aux pères d'avoir un bagage commun avec les chrétiens ; avec eux, ils puisent dans ce noyau central.

- Vers un commentaire de l'Evangile.

Notre plus grande surprise, peut-être, a été de constater que le milieu culturel dans lequel est né et a vécu Jésus de Nazareth et qui imprègne les évangiles, est plus proche du milieu traditionnel africain que de notre milieu occidental et que, par là-même, notre peuple est plus spontanément en communion avec l'Evangile que nous ; bien des choses que nous ne saisissons qu'à travers un commentaire exégétique parce qu'elles nous sont étrangères, leur sont familières, évidentes.

On voit donc combien il est important pour nous missionnaires et pour l'Eglise universelle de nous mettre à l'écoute de leur commentaire de l'Evangile, que nous trouvons dans leurs remarques, leurs explications, leurs rapprochements, leurs prières.

 

c) Renouveau du chant

Les traditions évangéliques sont en voie d'être mises au complet sur des airs traditionnels. Cela est fait spontanément par des femmes qui écrasent le mil, des groupes se réunissent, des responsables. Certainement, encore ici, un fait de l'oralité, fait culturel.

Chanter n'est plus l'apanage de ceux qui savent lire, qui ont le livre, mais de tous, et encore plus des femmes peut-être. L'Evangile n'est-il pas en train de pénétrer un aspect de la culture ? et réciproquement ?

 

d) Les limites de l'expérience

Plus nous allons, plus nous nous rendons compte qu'il nous a fallu une bonne dose d'audace ou de naïveté pour tenter une telle expérience. Peut-être est-ce mieux ainsi, car aurions-nous osé si nous avions été trop lucides sur tous les problèmes ? Il est sûr que nous avons fait confiance d'abord et avant tout à l'Evangile, «puissance de Dieu».

Cette expérience n'a pas d'autre prétention que d'exister. Elle ne se veut pas normative. Elle a été faite avec sérieux malgré ses lacunes, en ce qui concerne le choix des textes, le travail de rédaction et de traduction. Mais cela ne veut pas dire que des exégètes ne soulèveraient pas beaucoup de questions sur le choix des textes, leur découpage... Il y a certainement d'autrcs façons de faire. Mais, cela étant dit, notre conviction demeure et grandit que le Christ est annoncé de façon privilégiée parce qu'il est annoncé dans le langage culturel des gens.

 

IV. VERS L'AVENIR

 

1) Amélioration du texte de base et recherche sur l'oralité

On se rend compte que les gens qui mémorisent l'Evangile le redonnent avec une assez grande liberté tout en étant fidèles au contenu. C'est dans la formulation que le texte est changé. Et ce changement tend vers une plus grande simplicité, des phrases plus courtes et mieux balancées, des expressions qui font plus choc, avec toutefois une plus grande fidélité aux paroles mêmes quand il s'agit de paroles de sagesse, le sermon sur la montagne. La plus grande liberté se retrouve évidemment dans les récits.

Il s'agit maintenant d'enregistrer les différentes traditions rendues par des narrateurs différents et de les comparer, pour dégager un texte amélioré et certaines lois de l'oralité qu'on trouvera dans ce texte mémorisé, contrairement au texte de départ.

 

2) Intelligence de l'Evangile

L'Evangile, parce que lié à un milieu culturel et social précis, n'est pas nécessairement accessible dans toute sa richesse à un autre milieu cuturel. Mais ici encore, nous voulons partir de ce qui existe déjà : essayer de trouver ce que les gens comprennent de l'Evangile après quatre ans de mémorisation. Nous voulons être attentifs à différents aspects :

* Rôle primordial de l'Hymnique dans le N.T. et l'oralité.

Nous avons dit plus haut que les traditions au complet sont en train d'être mises en musique par les gens eux-mêmes. Il faut donc faire un recueil de ces chants, en portant une attention spéciale aux refrains : ceux-ci traduisent ce qui les a frappés au cœur et ce qu'ils amplifient.

* Attention aux rapprochements de paroles, de situations évangéliques que les gens font d'eux-mêmes. Ils nous livrent là leur exégèse et leur actualisation de la Parole : intentions de prières, commentaires. Il y a surtout des formules denses et lapidaires qu'il faut noter à tout prix, ainsi que le ton. Ces formules viennent du cœur, sont propres à une culture et disent ce qu'il y a de plus profond et de plus original d'une part (l'Evangile ne sera « traduit » qu'une fois exprimé de cette manière-là) et laissent, d'autre part, soupçonner l'écho éveillé en eux par la manducation de la Parole. L'Esprit, qui a commencé, n'a plus qu'à continuer...

 

3) Vers d'autres ensembles de textes

Evangiles et Actes/Epîtres se confortent mutuellement. Les Evangiles ne se suffisent pas, ils sont l'expérience de foi vécue par les communautés primitives. On retrouve la vie de ces communautés dans les Actes et les Epîtres. Déjà, cette année, une expérience a été tentée dans une des missions du secteur : on a proclamé les 15 premiers chapitres des Actes des Apôtres. Réaction très favorable des chrétiens : ils avaient sous les yeux la foi vécue par d'autres chrétiens comme eux, et confrontés aux problèmes concrets de l'existence et de l'organisation des communautés.

 

4) Evangile et catéchèse des sacrements

La mémorisation de l'Evangile n'exclue pas la catéchèse, au contraire, elle en constitue la substance la plus riche, la madère de base, la source indispensable.

Pour le baptême : appels à la conversion et baptême de Jean ; baptême de Jésus, promesses de l'Esprit; la Samaritaine; l'Aveugle-né; la résurrection de Lazare... Quand on a mémorisé, commenté, prié ces textes, que reste-t-il à dire sinon éclairer ce qui est obscur ?

Pour l'Eucharistie : la multiplication des pains, le discours sur le pain de vie, la Cène, la Passion, les disciples d'Emmaüs...

Pour la Pénitence : les appels pressants à la conversion de Jean-Baptiste, de Jésus; tous les textes où nous retrouvons Jésus avec les pécheurs; les nombreuses paraboles... Plus qu'un enseignement sur les sacrements, ce sont les sacrements vécus, actualisés.

 

5) Mémorisation de l'Evangile et Communautés

Peut-être est-il trop tôt encore pour tirer des conclusions sur la « figure » que prendront ces communautés rassemblées par la proclamation et la méditation de l'Evangile. Mais il nous semble quand même qu'un nouveau type d'Eglise est en train de se mettre en place tout doucement : des communautés plus converties, plus dynamiques, plus apostoliques. Des responsables d'un style nouveau : à plusieurs, immergés dans leurs communautés, émergeant par la qualité de leur foi et leur désir de service et, en même temps, grandissant avec leurs frères et non pas isolément.

L'Evangile, la mission sont l'affaire de tout le monde ; ce sont tous les chrétiens qui le désirent qui doivent grandir ensemble. Parmi eux, par la force des choses, certains émergent, qui occuperont des ministères variés. Cela doit venir d'un mouvement naturel, de l'intérieur, sans forcer, par le travail de l'Esprit et les besoins de services qui se feront sentir au fur et à mesure. Les structures devraient venir d'eux aussi et non pas importées, être simples et souples. Peut-être n'est-ce qu'un souhait, l'avenir le dira...

 

Equipe missionnaire de BONGOR

Diocèse de Pala, Tchad