Récit de la création

 

Le TOHU VAV BOHU

Conférence de Bernard FRINKING Novembre 2000

 

(extrait d'un enseignement oral donné dans une session à Lagardelle sur Lèze - Merci à Irène pour la retranscription -)



"Et la terre était informe et vide et ténèbre sur la face de l'abîme et Souffle de Dieu planant sur la face des eaux". Qu'est ce que ça veut dire?
La terre, c'est quoi? C'est vous et moi.
C'est comme ça que Dieu nous a trouvés. Je vous ai donné à un autre moment une clé de lecture pour l'Ecriture. J'ai dit: quand on parle du bord de la mer, cela veut dire: l'état intérieur de l'homme.
Les lieux géographiques disent, en effet, quelque chose sur l'état intérieur de l'homme.
Vous pouvez facilement comprendre. Vous connaissez l'Evangile. L'homme au bord de la mer, c'est la masse, la foule. Il n'est pas du tout le même homme que celui qui est en haut de la montagne et devant le trône de Dieu; c'est complètement différent.Quand Moshé monte quarante jours, quarante nuits et qu'il descend, il rayonne de lumière. Ce n'est plus le même homme. Montez là-haut! Le lieu géographique, c'est un lieu du dedans.
Quand on dit: "la terre était vide", cela veut dire: c'est comme cela que nous sommes nés; tout était encore confondu.
Il y a deux mots que je vais expliquer un peu: informe et vide. J'ai traduit cela en français mais ce sont deux mots qu'on ne peut pas traduire.
Vous connaissez ces deux mots, on dit tohu-bohu: "tohu vav bohu". On comprend ce que c'est.
"tohu" (prononcer tohou)
Pour expliquer je fais toujours une comparaison: Un homme qui arrive dans un lieu complètement sauvage et qui veut y établir sa demeure, qu'est ce qu'il va faire?
Il va commencer par faire une clôture; il va y avoir un dedans et un dehors.
Dehors, ce sera sauvage, les champs; on dira dans un autre verset, chapitres 2 et 3 "le serpent était l'animal des champs le plus rusé que Dieu a créé", c'est dehors.
C'est comme cela que Moïse a construit la Tente du Rendez-vous; il y avait une clôture et il fallait passer par le rideau, c'est-à-dire se séparer du dehors.
Oui, il faut se séparer du dehors. Cela commence comme ça.
Et comment les anciens faisaient une clôture? Ils utilisaient un cordeau. Et avec ce même cordeau, il va faire un chemin. Un cordeau, c'est pour faire des lignes droites.
Quand les anciens entendaient "cordeau", ils ne pensaient pas seulement au cordeau matériel; ils pensaient aussi à un autre cordeau, celui des générations qui se suivent dans l'histoire. Ils disaient: le cordeau, c'est l'instrument de la femme car en elle se continuent les générations. Vous savez ce qu'est un cordeau: ce sont des fibres qui sont tordues les unes sur les autres. C'est pour cela que sur l'icône de l'Annonciation de la Mère de Dieu, elle est en train de filer. Il y a beaucoup de résonances avec cela; elle file: À ce grand fil d'Israël va maintenant s'ajouter un nouveau membre à l'intérieur de ce fil. Voilà ce qu'elle fait.
Vous me suivez? "le cordeau".
Alors il va faire un chemin et même faire un jardin; là encore, il utilisera ce cordeau qui sert à établir une droite horizontale.
Quelle relation avec "tohu"?
Ce cordeau, c'est dans l'Ecriture: "le cordeau du tohu", je donnerai les références.(voir plus loin)
C'est le cordeau qui détruit tout, qui enlève tout; le "tohu" c'est le négatif du cordeau.
Cela veut dire que l'homme, dans le premier état, est sans chemin, sans clôture; il est mélangé avec le monde entier. Il s'intéresse à tout, il va partout, il ouvre ses yeux sur tout. Il n'a aucun "dedans". Tout est dehors. Cet homme n'a pas quitté le monde; il n'a pas de chemin.
Quand nous commençons à marcher avec Dieu, c'est établir une clôture, faire un" dedans". Tout n'entre plus comme cela. Il y a quelqu'un qui garde, qui choisit. Cela fait très monastique! Mais ce n'est pas seulement pour les moniales.
Tout chrétien, tout homme qui veut marcher avec Dieu commence par une clôture. S'il ne fait pas cela, c'est un idiot, il se fait des illusions.
Toute l'histoire que nous allons lire, c'est la façon de sortir du "tohu" et du "bohu".

"bohu"
Le bohu est lié à un autre cordeau, qui s'appelle un fil à plomb.
Le cordeau horizontal c'est celui qui traverse l'histoire, les générations qui se suivent.
Le fil à plomb, c'est vertical.
Que fait-on avec un fil à plomb? Il va construire une maison.
Il y a une clôture, un chemin, un jardin; mais pour qu'il y ait quelqu'un, une présence, il faut une maison dans laquelle il va habiter: "bohu", c'est cela. "bohu" commence par bèt. Il va faire la maison.
Donc pour éliminer "tohu vav bohu", il y a la clôture, le chemin et il y a la maison, le lieu de présence, le lieu du vis-à-vis, le lieu de la rencontre. Cela devient très personnel. Cela aussi fait très monastique! Donc cela veut dire, ici, que la terre, c'est-à-dire l'homme tel qu'il est, tel que Dieu nous a trouvés, nous étions sans chemin, sans clôture et sans lieu de présence. Nous n'étions pas encore le lieu de présence. Parce que le désir de Dieu, c'est quoi?


Quel est le désir de Dieu?
Le désir de Dieu s'est manifesté à travers l'histoire. Le désir le plus profond du cœur divin, Dieu l'a montré à l'homme petit à petit; l'homme en a pris conscience petit à petit.
Dans les premiers temps de l'histoire, l'homme a élevé des stèles, fait des autels; il a adoré certains arbres pour des raisons que nous verrons plus tard; ils se réunissaient autour des arbres; cela, c'était le début. L'homme sentait qu'il y avait une verticale, quelque chose au-dessus de sa tête et que Dieu voulait entrer en relation avec lui.
En Israël, grand chambardement: Dieu a révélé son intention à Moïse: Je veux habiter au milieu de ce peuple. Fais-moi un lieu selon le modèle que tu as vu sur la montagne. Et Moïse a fait un lieu; il a construit la Tente du Rendez-Vous, selon le modèle qu'il avait vu sur la montagne. C'est un grand sujet dans lequel je ne veux pas entrer. C'est déjà la deuxième étape: Dieu habitant au milieu de ce peuple.
Quelle est la troisième étape?
Le désir fondamental de Dieu, le désir le plus profond de Dieu, c'est d'habiter dans l'homme, habiter dans le cœur de l'homme, devenir plus intime à l'homme que ses propres membres.
C'est cela qu'il a réalisé par l'Incarnation. Il nous est devenu plus intime que nos propres membres. Dieu habite en dedans de l'homme. C'est l'Incarnation, la Pentecôte, le Don de Dieu, l'Esprit Saint qui introduit en nous le Règne de Dieu, sa propre Présence, sa propre énergie, sa propre Vie. C'est cela que fait Dieu.
Donc Dieu révèle à travers l'histoire, petit à petit, le désir qu'il a; c'est pourquoi il a fait la création; c'est pourquoi il a fait l'homme. Mais dans cette première étape, l'homme n'est pas encore lieu de Présence. Il va le devenir, et l'histoire qui nous est racontée ici, c'est comment le devenir; c'est important! C'est autre chose qu'un "récit populaire pour des gens de peu de culture"!! peut-être peu de culture du monde, cela oui. Et "populaire" dans le sens du peuple, c'est pas mal non plus! lisons cela comme cela!
Je peux vous donner une ou deux références sur "tohu vav bohu" il y en a beaucoup.
Par exemple :
Is 34,11: "Il étend sur elle le fil du tohu (c'est donc la destruction) et les pierres du bohu." (ou le fil à plomb du bohu)

Jb 6, 18 "Les caravanes se détournent de leur route, elles montent dans le tohu et se perdent". Ici le "tohu" est lié à la route.

Jb 12, 24 "Il ôte le cœur aux chefs du peuple de la terre, il les égare dans le tohu sans route".
Vous prendrez un jour votre concordance et vous lirez tout cela; le problème c'est d'avoir une concordance en hébreu.
Vous trouvez beaucoup de textes chez Isaïe par exemple :
Is 24, 10 "Elle est brisée la cité du tohu, close de toute maison, sans entrée"

Is 45, 18 "Car ainsi dit le Seigneur, le créateur des cieux, lui le Dieu, le fabriquant de la terre et son auteur. Lui l'a fondée, un non-tohu il l'a créée; pour habiter il l'a fabriquée"
Vous voyez toute cette thématique de la route et de la maison se trouvent dans les textes. Ceux qui disent qu'on ne comprend pas ce que veut dire "tohu vav bohu", mais c'est qu'apparemment ils ne lisent pas beaucoup.

Is 59, 12 "Elles seront rebâties par toi les ruines, les fondements; d'âge en âge, tu les relèveras. Il te sera crié : clôtureur de brèches, restaurateur du chemin pour les habiter".
Toute cette thématique revient là. Je ne peux pas tout lire.


Question d'un participant: dans Marc "faites droit ses chemins", c'est lié?
Bernard Frinking: Oui c'est tout à fait cette thématique-là. C'est bien de le remarquer.

Sortons du "tohu vav bohu". Donc tout le récit, c'est de mettre fin à cette première étape de l'homme dans lequel tout est confondu.